Comme des vraies championnes

Sept jeunes filles musulmanes de “souches” luttent pour leur identité

Takwando.jpg Photo: Ramin M.

Se retrouvant au cœur d’une controverse au sujet du port du voile et des accomodements raisonnables, sept jeunes filles musulmanes luttent pour préserver leur identité et le droit de pratiquer leur sport favori en compétition. Le 15 avril dernier, la Fédération québécoise de taekwando les a exclues de la compétition annuelle de la fédération parce qu’elles ont choisi de porter le hidjab (voile musulman).

Siafu a rencontré les sept filles âgées entre 8 et 13 ans et leurs entraîneure, Gaëlle Tessier, lors d’un évènement organisé par le Centre communautaire musulman de Montréal (CCMM).

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a annoncé que vous ne pouviez pas porter le voile en compétition?
Bissan Mansour :

Nous avons trouvé ça injuste et choquant. Les responsables de la compétition répétaient sans cesse que c’était une question de sécurité, ce qui était tout à fait faux. Le voile est un tissu qui recouvre le cou et les cheveux. De plus, notre adversaire n’a pas le droit de nous approcher près de la tête avec ses mains et nous devons porter un casque protecteur. C’est une règle du taekwando. Comme nous les respectons, nous leur demandons de nous respecter.
Pour nous le voile, ce n’est pas un simple tissu qu’on porte sur la tête. On est fière de le porter. Même si nous n’avons pas pu faire partie de cette compétition rien ne va changer la décision de porter le voile. Certaines personnes disent que ce sont les parents qui nous obligent à porter le voile. Nous n’avons pas porté le voile parce que nos parents nous l’ont dit, mais parce que ça fait partie de notre identité religieuse.

Comment vous ont-ils annoncé leur décision?
Zeinab Nasser :

D’abord, nous étions toutes réunies pour se préparer à la compétition. Un monsieur est venu nous voir, je crois que c’était un arbitre, il nous dit : « Je ne pense pas qu’ils vont accepter le voile ». J’ai dit : « Oui oui , ils vont l’accepter. Ils l’ont déjà accepté avant ». Ensuite, un bénévole est venu nous voir et nous a dit de bien mettre le voile sous notre dobok, le vêtement qu’on porte au taekwando. Et quelques secondes plus tard, il est revenu pour nous dire que nous n’avions pas le droit de porter le voile lors de la compétition. Nous n’avons donc pas pu participer.

Pourquoi avez-vous choisi de pratiquer le taekwando?
Batoul Atwi :

Le taekwando, c’est mon sport préféré. J’ai toujours voulu faire du taekwando.
Zeinab Nasser :
C’est également un art martial où nous pouvons apprendre à nous défendre.

Maintenant qu’allez-vous faire?
Bissan Mansour :

On va continuer. Ce n’est pas parce qu’ils nous ont interdit de participer à cette compétition qu’on va cessez de faire du taekwando.

Qu’est ce que vous voudriez dire aux personnes qui ont pris la décision d’interdire le voile lors de cette compétition?
Mariana Atwi :

« Ils ne sont pas capables de vivre », comme on dit. Le voile est permis dans les championnats mondiaux, mais dans une petite compétition, ici, au Québec, on refuse le port du voile. Il n’y a aucun danger au hidjab. Ce n’est qu’un petit bout de tissu qui pour nous a une signification importante.

Un mot de l’entraîneure,
Gaëlle Tessier :

Suite à ces évènements, j’ai été agréablement surprise de voir comment les gens de la communauté musulmane proposaient leur aide et leur support dans cette bataille. Mais j’ai été aussi agréablement surprise de voir comment les jeunes filles musulmanes étaient fortes et tenaient à leurs valeurs, malgré toutes sortes de commentaires. Je suis vraiment fière d’elles. Elles ont démontré la force de leurs convictions dans le respect et, ce, comme de vraies championnes. Je vais me battre jusqu’au bout afin de permettre à ces jeunes filles de porter le voile en compétition.